Le linge sale se lave en famille
Le linge sale se lave en famille
Description
Dans cette performance, l’artiste installe une scène à la fois domestique et rituelle : un étendage, du linge blanc et taché, des gestes répétitifs de lavage, des corps en mouvement, une batterie de bassines et d’eau. Le titre, emprunté à un proverbe africain, dit d’emblée la tension entre visible et invisible : « le linge sale se lave en famille ».
Il s’agit ici de dévoiler ce que l’on pense garder caché — les conflits intimes, les héritages, les traces invisibles — et de le porter à l’espace public, mais dans un cadre symbolique.
Les gestes sont tour à tour méticuleux et rituels : le frottement, l’écoulement de l’eau, le roulement du linge ; le son des gouttes, des tissus mouillés, des battements rythmiques devient partie intégrante de l’œuvre. Les performers (l’artiste et parfois des intervenants) incarnent la famille, mais aussi la communauté, l’ancestral, le collectif qui se rassemble pour « laver ce qui est sale » au sens métaphorique : les silences, les non-dits, les mémoires enfouies.
L’eau et le tissu deviennent symboles :
• L’eau purificatrice, rénovatrice, mais aussi chargée de mémoire.
• Le linge-trace, marque de l’intime, de l’usure, des liens.
• Le mouvement de la marche ou du va-et-vient autour de l’étendage rappelle la traversée, le retour vers les origines, l’engagement corporel.
La performance articule plusieurs niveaux de lecture :
• Culturel & familial : l’idée de la famille comme première communauté de lavage, de soin, de transmission.
• Identitaire & mémoriel : ce qui se lave, ce qui reste, ce qui s’efface.
• Collectif & rituel : l’acte de laver devient rite, l’action répétée devient méditation.
• Artistique & performatif : le corps, le tissu, l’eau, le son, l’espace s’unissent dans une chorégraphie immersive.
Ce qui est « sale » ne se limite pas à une tâche matérielle : c’est un héritage, une blessure, une transmission non entendue. La « famille » n’est plus seulement le foyer mais la communauté des vivants et des ancêtres. Et « laver » ce n’est pas seulement nettoyer : c’est reconnaître, revisiter, libérer. Elle vise ainsi à soulever des questions sur qu'est-ce que le linge sale ? Qui juge que le linge est sale? Qui sont ceux qui constituent les membres de la famille ? Comment ce linge est il lavé en et par cette famille ? Ne sera-t-il plus jamais sale? Comment juge t-on que le linge est propre? Peux t-on à nouveau porté ce linge une fois lavé ?
Anne-Marie AKPLOGAN